Le Blog de Gnona

L’Economie africaine au quotidien

Archive de 21 mars 2007

Intégration régionale : Seule la corruption n’a pas de frontière.

Posté par gnona le 03 Wed, 21 Mar 2007 17:24:05 +000005 23, 2007

Frontière Togo-GhanaLes Chefs d’Etats de la Cedeao, vont se retrouver mercredi à « L’Indépendance Square » d’Accra pour célébrer le jubilé du cinquantième anniversaire de l’indépendance du Ghana. Pourtant sur les frontières de ce pays, considéré comme une référence en matière de bonne gouvernance, leurs compatriotes croupissent sous l’autel de la corruption organisée et entretenue par les services de l’immigration au détriment de la libre circulation des personnes et des biens. Reportage.

‘’ Vous pensez qu’il suffit de munir d’un passeport pour traverser librement la frontière ! ’’, lance, dans un français approximatif, un agent en uniforme scrutant attentivement les cachets d’un passeport « Ecowas », à la recherche de la moindre faille. Pour le groupe de journalistes qui traversait, de retour d’un séminaire, la frontière Ghana-Togo en cette après midi de samedi, il s’agissait d’une simple boutade de policier. Pourtant l’agent des services ghanéens de l’immigration en poste à Aflao n’a pas l’air de badiner. ‘’ Vous allez donner 20 000 cedi (1000 F CFA) ’’, dit-il, visiblement déçu de n’avoir rien à reprocher à la pièce. Après avoir résisté, pendant plusieurs minutes, aux supplications du détenteur du passeport, l’homme en uniforme vert a remis le document contre un vieux billet de 10. 000 cedi.

Le suivant était l’un des journalistes qui avaient observé la scène avec beaucoup de désapprobation.

‘’ Vous avez excédé votre séjour d’un jour, cela fait 100. 000 cedi (5000 F CFA) d’amende’’, explique-t-il. Toutes les tentatives de justifier les raisons de ce retard ont soldé par un échec. Voulant revendiquer son droit de citoyen de la Cedeao, le policier ghanéen considère la colère du journaliste (qui n’a aucunement dévoilé son identité d’homme de média) comme outrage à un agent de sécurité. ‘’ Vous allez payer 10. 000 francs Cfa ou bien vous irez répondre de votre provocation à la brigade’’, menace-t-il, rapportant à son collègue venu s’enquérir de la situation, ce qu’il considère comme une inconduite du passager. Se sentant en insécurité devant des policiers corrompus jusqu’au coup, le journaliste, à contre cœur, a fini par remettre les 10. 000 francs Cfa. Gagné par une mauvaise conscience sur le coup du passager ‘’ récalcitrant ’’, l’agent ‘’offensé’’ a laissé passé le reste des journalistes, ayant constaté qu’ils étaient de la même délégation.

On a dit intégration

Pourtant, durant les deux semaines de séminaire qu’ils ont passés à Accra, la capitale ghanéenne, ces journalistes n’ont discuté que intégration et libre circulation des personnes et des biens. Les tracasseries à la frontière d’Aflao les ont confortés dans leur réflexion que ces concepts mettront du temps avant de se traduire dans le vécu des populations de la sous-région.

En effet, cela fait déjà 28 ans que la conférence des Chefs d’Etat et de gouvernement de la Cedeao a adopté le protocole sur la libre circulation des personnes censé abolir des visas, le droit de résidence et le droit d’établissement. Dans l’esprit de cet accord, ‘’ tout citoyen de la Communauté, excepté celui entrant dans la catégorie des immigrants inadmissibles aux termes des lois et règlements en vigueur dans le pays, désirant séjourner dans un Etat-membre pour une durée maximum de quatre vingt dix (90) jours, pourra entrer sur le territoire de cet Etat membre sans avoir à présenter un visa. Il suffit au citoyen de la CEDEAO de posséder un document de voyage et de certificats internationaux de vaccination en cours de validité’’. Mieux, la détention d’un passeport par le citoyen de la Communauté le dispense de remplir le formulaire d’immigration et d’émigration des Etats membres de la CEDEAO.

A la frontière d’Aflao, toutes ces dispositions communautaires sont foulées aux pieds par les services de l’immigration. Pendant qu’on laisse parfois passer librement les personnes ne détenant aucune pièce par devers elles, la présentation d’un passeport donne lieu à des intimidations de toutes sortes et à des rançonnement. Les personnes en situation régulière, qui ne veulent pas céder aux tracasseries, sont, au mieux des cas, obligées à remplir le formulaire d’immigration.

Même pipe, même tabac

Aflao n’est pas une exception dans la sous-région. « A la frontière bénino-nigériane de Sèmè Kraké, la situation est pire », explique un journaliste nigérian. Selon lui, avant de passer cette frontière, le passager doit franchir plusieurs postes de contrôles où le passage se négocie en Naïra ou en Franc Cfa. ‘’ Parfois, on a même des difficultés à dissocier les forces de l’ordre des bandits’’, ajoute-t-il.

Si les Béninois et les Togolais n’éprouvent pas de difficultés sur la frontière de Hillacondji (Bénin-Togo), ce n’est pas le cas des citoyens anglophones qui se disent victimes des rançonnements.‘’ Même dans les aéroports, les policiers vous demandent de l’argent’’, soutient un journaliste ivoirien qui a témoigné au cours du séminaire, sur les tracasseries policières à l’aéroport d’Abidjan.

Les rançonnements sur les frontières ouest-africaines, qui ne datent pas d’aujourd’hui, avaient déjà préoccupé les Chef d’Etat de la Cedeao qui avaient recommandé, il y a quelques années, la création des comités nationaux de suivi des programmes sur la libre circulation des personnes et de transport. Bien que ces comités aient été mis en place dans 10 Etats membres (Bénin, Burkina Faso, Ghana, Guinée, Mali, Niger, Nigéria, Sénégal, Sierra Léone et Togo), les obstacles à la libre circulation des personnes et des biens se posent toujours avec acuité.

Trente deux ans après la création de la Cedeao, la libre circulation des personnes tarde encore à devenir une réalité. Malgré cette triste réalité, les Chefs d’Etat de la région vont encore se trouver à Accra pour parler d’intégration et d’amitié entre les peuples. Pendant que sur les frontières, leurs compatriotes subissent la loi de la corruption érigée et entretenue par des forces de sécurité indélicates.

Gnona Afangbédji

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Bénin : Un conseil présidentiel pour capter l’investissement privé

Posté par gnona le 03 Wed, 21 Mar 2007 17:16:03 +000003 23, 2007

Le Bénin dispose désormais d’un Conseil présidentiel pour l’investissement dont la mission consiste à faire des propositions au Président de la République en vue d’une amélioration de l’environnement des affaires qui, aujourd’hui, laisse à désirer.

Exit, au Bénin, les barrières administratives qui empêchent souvent les investisseurs privés d’être entendus par les autorités aux plus hauts niveaux. Le Conseil présidentiel de l’investissement (CPI) dont la session inaugurale s’est tenue le 06 février 2007 marque le point de départ d’un nouveau partenariat public-privé. Placé sous la Présidence du Chef de l’Etat, le CPI a pour mission de renforcer le dialogue entre le Gouvernement et les investisseurs, afin d’accélérer le processus d’identification et de mise en œuvre des réformes propres à améliorer l’environnement des affaires. Une sorte de cabinet conseil du Président de la République sur les questions d’investissement.

« La particularité de cette structure est que le Président de la République va entendre, de vive voix, pendant toute une journée, les doléances et propositions concentrées d’un panel d’investisseurs qui sont, soit des Nationaux et des Etrangers qui ont investi au Bénin, soit des Etrangers qui pourraient investir dans le pays », rapporte Roland Riboux, PDG de la société Fludor Bénin SA, membre du CPI. Pour cet investisseur français, la mise en place d’une telle structure est d’autant plus importante qu’elle permettra au Bénin de corriger les indicateurs alarmants sur l’environnement des affaires au Bénin.

Selon Doing Business 2007, un rapport de la banque mondiale sur la pratique des affaires dans le monde, le Bénin est classé parmi les pays qui fournissent le moindre effort en matière de réglementation du climat des affaires. Ce rapport a constitué le plat de résistance des échanges de cette session du CPI. Le diagnostic révèle un environnement décevant qui contraste avec le potentiel économique dont regorge le pays. Illustration : les taxes prélevées au Bénin représentent en moyenne 62% du bénéfice brut. Des niveaux d’imposition très élevés favorisent l’évasion fiscale, contraignent de nombreuses entreprises à travailler dans le secteur informel qui constitue un obstacle réel pour l’élargissement de l’assiette fiscale. De même, la procédure de création d’entreprise au Bénin comporte des exigences superflues telles que l’enregistrement au journal officiel, le paiement préalable d’une partie de l’impôt du premier trimestre avant même l’installation de l’entreprise.

Aujourd’hui, les flux nets de l’investissement étranger directs au Bénin représentent, seulement, 48,1 millions de dollars US par an, contre 300 millions de dollars pour le Cameroun et 3,5 milliards de dollars pour le Nigéria. Autant d’écueils que le CPI entend corriger à travers des propositions concrètes au Chef de l’Etat.

L’investissement étranger n’est pas le seul cheval de bataille du CPI. Sont également en ligne de mire, le développement de l’entreprenariat local et la promotion des femmes dans le monde des affaires. A ce propos, la banque mondiale, pour avoir suscité le CPI dans des pays africains tels que le Ghana, la Tanzanie, le Sénégal, le Mali, apporte sa caution, à travers le financement, dans les tout prochaines semaines, du secrétariat permanent du CPI et la mise à disposition d’une enveloppe de 50 millions de dollars en guise de soutien aux petites et moyennes entreprises locales. Pour le Bénin, c’est la longue marche vers la mobilisation de capitaux privés qui vient d’être enclenchée.

Gnona Afangbédji

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Culture maraîchère à Grand-Popo :Des pêcheurs abandonnent les filets pour l’arrosoir

Posté par gnona le 03 Wed, 21 Mar 2007 17:09:27 +000027 23, 2007

Secoués par les contre-performances de leurs activités de pêche, de nombreux pêcheurs de la commune de Grand-Popo se sont reconvertis en maraîchers. Et ces nouveaux producteurs en dépit des difficultés qu’ils rencontrent ne sont pas prêts à retourner à leur métier traditionnel.

Sur une aire de 100 m2 qu’ils exploitent dans le périmètre de maraîchage d’Ayiguinnou (10 km de la frontière de Hillacondji), Benoît Amégan et sa petite famille mettent en terre les jeunes pousses de « gboma » (légume local) majestueusement alignées sur des planches. ‘’ Dans deux mois, ces légumes seront prêts pour la consommation’’, confie-t-il en dirigeant vers une moto pompe qu’il met en marche quelques minutes plus tard. Pêcheur de son état, Benoît a, depuis cinq ans, troqué la pagaie contre l’arrosoir. ‘’ La pêche pour moi c’est fini. Je ne veux plus passer le temps à humer l’air en attendant que les poissons reviennent dans les eaux’’, explique-t-il.
Benoît n’est pas le seul pêcheur de la localité à avoir abandonné les filets pour la culture maraîchère.

De Grand-Popo à la frontière Bénin-Togo, aucun village de pêcheur n’a pu résister à la vague de la production des cultures de contre-saison qui a emporté tous les bras valides de la commune. Sur une vingtaine de kilomètres le long de la voie bitumée, des dizaines d’hectares de terres pourtant sablonneuses sont aménagés pour le maraîchage. Oignon, tomate, piment, carotte, laitue, chou, poivron…une gamme variée de produits maraîchers y sont cultivés et écoulés vers les marchés béninois et dans des pays de la sous-région comme le Nigéria, le Togo et le Ghana.

Sans commune mesure

‘’ La quasi-totalité de ceux que vous voyez ici est constituée de pêcheurs reconvertis’’ confirme Adjéoda Amoussou, l’un des précurseurs de la culture de contre-saison dans la région. Ayant capitalisé 15 ans d’expérience dans cette activité à Lomé au Togo, Adjéoda s’est donc immigré, il y a une dizaine d’années à Ayiguinnou pour tenter une nouvelle aventure dans une région a priori hostile au maraîchage. ‘’ A l’époque, les natifs de cette région ne savaient pas que le maraîchage était possible. Mais lorsque nous avons commencé à produire, cela avait suscité une émulation au niveau de nombreuses personnes qui cherchent une alternative à la pratique de la pêche devenue peu rentable’’, raconte-t-il. Si Adjéoda est devenu l’une des plus grands maraîchers professionnels de la commune de Grand-Popo exploitant environ 22 ha de superficie, beaucoup de familles de pêcheurs arrivent également à tirer leur épingle du jeu.

‘’ Non seulement le maraîchage est rentable mais cette activité nous occupe à plein temps et nous nous auto-employons alors qu’avant nous passons jusqu’à trois mois à ne pas pêcher. Et lorsque nous allons sur les eaux, ce sont les propriétaires des filets qui se taillent la part du lion. Dans le même temps, tu as de la famille à nourrir et les enfants doivent aller à l’école’’, défend Ayivi, un autre producteur d’Ayiguinnou.

Et quand on parle de rentabilité, cela se chiffre parfois à des dizaines de millions de francs Cfa. En 2005, Adjéoda Amoussou indique avoir vendu plus de 20 millions de francs Cfa d’oignon et 30 millions de francs de tomates. ‘’ Entre Juillet et octobre, quand la vallée de l’Ouémé est inondée, les commerçants nigérians se retournent la région de Grand-Popo’’, explique-t-il. Il poursuit que lorsque toutes les conditions agronomiques sont réunies, son chiffre d’affaire tutoie la cinquantaine de millions de francs Cfa. Et de conclure : ‘’Entre le maraîchage et la pêche telle qu’elle se pratique ici, je trouve qu’il n’y a pas de commune mesure’’. Ne peut-on pas concilier les deux activités ? Benoît Amégan répond que le maraîchage exige une disponibilité qu’on ne saurait partager avec la pêche.

Des producteurs modernes

L’usage des outils modernes fait déjà partie des habitudes de ces maraîchers. Sur la plupart des sites, les motopompes et les tuyaux flexibles se sont substitués aux arrosoirs. Sur la superficie qu’elle aménage pour cette saison, Adjéoda Amoussou a introduit des aspaisseurs qui permettent un arrosage automatisé des cultures. ‘’ J’ai investi plus de 3,5 millions de francs Cfa pour les installer mais cela a l’avantage de réduire la main-d’œuvre qui me revient plus cher’’, rapporte-t-il visiblement satisfait.

Tata, la trentaine qui a fait un tour dans les jardins après une randonnée sur la mer continue quant à lui de pratiquer la pêche. Mais il précise que s’il n’est pas venu au maraîchage, c’est parce qu’elle n’a pas encore trouvé de périmètre pour démarrer. ‘’ Beaucoup d’autres veulent venir mais les parcelles ne sont pas disponibles’’.

Les difficultés foncières font partie du lot de problèmes auxquels ces maraîchers sont confrontés. Le domaine exploitée par Benoît Amégan louée à 12.000 francs Cfa l’an. Mais s’il a encore la chance de continuer à jouir de la location, ce n’est pas le cas d’autres producteurs dont les parcelles ont été vendues à des exploitants qui disposent d’une surface financière plus importante. De sorte que les maraîchers ayant perdu leur terre sont obligés d’être employés par les grands exploitants. A la question foncière s’ajoute le problème des intrants. Il n’existe pas encore au Bénin des intrants maraîchers fiables. Une lacune que les maraîchers essaient de combler avec l’usage des intrants coton qui ne produisent pas toujours les résultats escomptés.

Autre difficulté : l’accès aux crédits. L’absence de financement adapté à l’agriculture oblige de nombreux producteurs à recourir aux institutions de micro-finance dont le fonctionnement n’est pas souvent adapté au cycle de production agricole. Les maraîchers de Grand-Popo évoque également la non maîtrise du marché qu’il partage avec leurs homologues du Togo et du Ghana où la culture maraîchère a pris de l’essor. Mais étant conscients de la nécessité d’améliorer leur rendement pour demeurer compétitivité, ces producteurs atypiques sont décidés à relever les défis du maraîchage au détriment de la pêche qui a du plomb dans les ailes.

Gnona Afangbédji

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Secteur oléagineux au Bénin: Quand la contrebande fait la nique à l’Etat

Posté par gnona le 03 Wed, 21 Mar 2007 17:06:20 +000020 23, 2007

Depuis l’interdiction de l’importation des huiles par les frontières terrestres du Bénin, les contrebandiers se sont trouvés des arguments pour intensifier le trafic illicite de l’huile végétale. Enquête sur les traces d’une filière organisée où les acteurs s’enrichissent au détriment de l’Etat et au péril de l’industrie locale et communautaire.

Hillacondji, frontière Bénin-Togo. Des poids lourds sont stationnés en une file interminable attendant les formalités d’usage pour fouler le sol béninois. Ils arrivent pour la plupart des ports de Lomé et de Tèma où ils ont chargé des conserves, des cosmétiques, des chaussures, des friperies et d’autres marchandises venus d’Afrique du Sud, des Amériques, d’Europe ou de l’Asie. Mais pas une trace d’huile végétale. ’’ Depuis deux mois, les huiles ne passent plus’’, confirme Charles Sèzan, chef service des opérations commerciales à la recette des douanes de Hillacondji. Cet inspecteur des douanes béninoises fait référence à l’arrêté interministériel portant interdiction temporaire de l’importation au Bénin des huiles alimentaires par voie terrestre en vigueur depuis le 8 novembre 2006 censée donner un coup de pouce à l’industrie oléagineuse locale plombée par la concurrence déloyale des produits importés. ‘’ Mêmes parmi les produits sous escorte en transit vers le Nigéria, il n’y a pas d’huiles, nous ne saurions d’ailleurs accepter son passage sur notre territoire à cause de la coopération douanière qui existe entre les deux pays, l’huile étant encore sur la liste des produits prohibés par le Nigéria’’, rassure à la frontière un contrôleur des douanes qui a requis l’anonymat. A la société de transit et de consignation SC Trans sise à Hillacondji, c’est le même son de cloche. Julien de Souza, le déclarant en douane indique que depuis la suspension, sa société n’a plus traité un seul camion citerne de l’huile Duor dont l’agrément au régime communautaire est contesté par les autorités béninoises. Qu’à cela ne tienne.

Mais l’assurance que donne la version officielle contraste avec les informations recueillies dans le réseau informel que nous avons infiltré depuis la frontière. Bienvenu dans le royaume de la contrebande ! ‘’ Si l’huile ne passe pas par Hillacondji, cela ne veut pas dire que l’huile ne vient pas au Bénin’’, confie en Mina (langue locale) Rock, l’un des nos informateurs. Ayant loué les services d’un conducteur de moto sous prétexte de vouloir mieux connaître le circuit pour faire passer un appareil au retour du Ghana, ce dernier nous a conduit à la tombée de la nuit dans un labyrinthe de sentiers en pleine agglomération, de Hillacondji à Sanveecondji, les deux quartiers frontaliers du Bénin et du Togo. ‘’ Beaucoup de choses passent par ici, je ne peux pas te donner de détails, c’est le secret professionnel, tu prends pas comme çà’’, avance-t-il. Sur la route, des femmes au cou amorti par des années de travail de portefaix portaient sur la tête des bidons d’huile de 50 litres ou 25 litres en direction du Bénin. ‘’ Si vous voulez passer une grande quantité d’huile, il vaut mieux maîtriser le circuit de Vodomey ou de Tohoun puisque ici, les douaniers ne sont pas trop loin’’, conseille le taximan qui après nous avoir déposé sur la route d’Anecho démarre sa moto en direction de la frontière.

Une filière bien organisée

Embarquement pour Vodomey (Commune de Grand-Popo) sur la rive du fleuve Mono, un village fiché comme l’une des plaques tournantes de la contrebande dans le Mono. Dansou a passé une bonne partie de la journée à se reposer. Menuisier de formation, il a abandonné depuis dix ans la scie pour le travail de passeur attitré de produits prohibés connus au Bénin sous le terme générique de ‘’ Fayaho’’. ‘’Dans la grande nuit, il y aura encore du boulot’’, nous informe-t-il avec un air suffisant. Avec d’autres collègues cette nuit justement, ils vont transporter des bidons d’huiles importés à partir d’un entrepôt en pleine brousse vers la zone de Sazoué, un village mitoyen. Selon Dansou, des centaines de bidons jaunes de 25 litres chargés d’huiles transitent chaque jour par Vodomey. L’itinéraire tracé par notre informateur est le suivant. Des véhicules 404 bâchés transportent les huiles jusqu’à un repère caché de l’autre coté du fleuve à Louiscondji au Togo. La nuit, ces huiles parquées sont par la suite convoyées par des motos vers le fleuve où des pirogues affrétées assurent la traversée de l’eau. Une fois dans la zone de Vodomey, une équipe de motocyclistes est en position pour le convoyage vers des véhicules souvent positionnés à Sazoué. Destination : Comé. Cette petite ville (64 km de Cotonou) fait office d’entrepôts où les grossistes importateurs (des femmes pour la plupart) livrent leurs marchandises vers les marchés de Comé et de Cotonou. Nous avons d’ailleurs pu entrer dans l’une de ces maisons qui servent de magasin pour les contrebandiers. Stupéfaction ! Des centaines de bidons d’huile de 25 litres de marque Viking sont entreposés dans un grand appartement à deux chambres. Prix du bidon : 12000 F. De quoi donner du vertige aux industriels locaux.

Selon nos informateurs, si Comé peut être considérée comme la base arrière du trafic illicite de l’huile végétale dans le Mono, la région d’Azové constitue l’épicentre de ce commerce dans le département du Couffo. La presse a d’ailleurs révélé il y a quelques jours, la présence des magasins d’huiles qui transitent par Tohoun (village frontalier dans la commune d’Aplahoué) avant d’être écoulées vers les marchés d’Azové, de Bohicon et de Cotonou. Ce trafic est estimé entre 5 à 8 titans d’huiles par jour. Dans les grandes agglomérations de cette région du Bénin, les bidons jaunes dictent leur loi, aussi nombreux que les sachets en plastiques. La qualité de ces huiles pose problème parce qu’elles ne subissent aucune analyse du service de conditionnement et de la qualité des produits avant de passer sur les marchés. Dans le jargon des oléagineuxs, on parle d’huile de qualité douteuse, impropre à la consommation.

Au nom de la paix sociale

Le regain de vitalité de la contrebande de l’huile végétale relève d’un paradoxe. Comme si le gouvernement béninois a ouvert la boite de pandore, ce trafic illicite s’intensifie alors que non seulement le ministère en charge de commerce a créé une direction chargée de la lutte contre la fraude commerciale mais il a été institué la veille de la prise du décret portant interdiction de l’importation des huiles par voie terrestre, une brigade de la lutte contre la fraude. ‘’ Je me demande à quoi cette interdiction a servi si la contrebande persiste alors qu’on nous empêche de passer par la frontière créant ainsi un manque à gagner à la douane’’, analyse un importateur. En effet, si l’importation formelle, surtout de l’huile togolaise peut être suivie à la trace jusqu’à la frontière nigériane avec un certificat d’origine, prouvant que le produit a reçu un agrément Uemoa et Cedeao, donc bénéficiant des avantages préférentiels offerts dans les deux espaces d’union douanière, l’huile de contrebande, vendue emballée en bidon jaune, provient de l’Asie, donc hors de la zone communautaire. Elles constituent un danger non seulement pour les huileries béninoises mais aussi l’huilerie togolaise que certains importateurs voudraient voir contrer au Bénin pour une querelle commerciale bénino-béninoise. C’est pour cela que par dépit, sachant que l’abolition produit toujours des effets dérivants, tout le monde a la frontière s’accorde à se poser la question sur le bien-fondé et les objectifs commerciaux précis de mesure béninoise qui semble s’être trompée de cible. On invoque même la précipitation dans la prise de la mesure d’interdiction, et on se demande si la procédure qu’impose le règlement Uemoa fixant les modalités de dérogation aux contraintes de la politique commerciale commune, pour raison de sauvegarde d’un secteur national, a été respectée par ailleurs. Le problème est donc entier.

‘’Les textes ne peuvent pas grand-chose contre la contrebande. La contrebande est aussi vieille que le monde et malheureusement les contrebandiers sont souvent en avances sur les douaniers’’, justifie visiblement désarmé un agent de la région douanière de Comé qui avance que la question des huiles est très délicate et mérite d’être traitée avec beaucoup de circonspection. ‘’ Je parle en connaisseur du terrain. Le problème de l’huile comme d’autres produits ressemble un peu à celui de l’essence frelatée. Les actions d’assainissement se heurtent toujours à cet obstacle majeur de préservation de la paix sociale. Que deviendraient tous ces gens si ce commerce n’existait pas ’’, ajoute-t-il pensif. La prohibition dirigée contre une production communautaire au mieux est une épée dans l’eau, au pire une action contre la solidarité communautaire qui rate son but : lutter contre le vrai ennemi, la contrebande.

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