Culture maraîchère à Grand-Popo :Des pêcheurs abandonnent les filets pour l’arrosoir
Posté par gnona le 03 Wed, 21 Mar 2007 17:09:27 +000027 23, 2007
Secoués par les contre-performances de leurs activités de pêche, de nombreux pêcheurs de la commune de Grand-Popo se sont reconvertis en maraîchers. Et ces nouveaux producteurs en dépit des difficultés qu’ils rencontrent ne sont pas prêts à retourner à leur métier traditionnel.
Sur une aire de 100 m2 qu’ils exploitent dans le périmètre de maraîchage d’Ayiguinnou (10 km de la frontière de Hillacondji), Benoît Amégan et sa petite famille mettent en terre les jeunes pousses de « gboma » (légume local) majestueusement alignées sur des planches. ‘’ Dans deux mois, ces légumes seront prêts pour la consommation’’, confie-t-il en dirigeant vers une moto pompe qu’il met en marche quelques minutes plus tard. Pêcheur de son état, Benoît a, depuis cinq ans, troqué la pagaie contre l’arrosoir. ‘’ La pêche pour moi c’est fini. Je ne veux plus passer le temps à humer l’air en attendant que les poissons reviennent dans les eaux’’, explique-t-il.
Benoît n’est pas le seul pêcheur de la localité à avoir abandonné les filets pour la culture maraîchère.
De Grand-Popo à la frontière Bénin-Togo, aucun village de pêcheur n’a pu résister à la vague de la production des cultures de contre-saison qui a emporté tous les bras valides de la commune. Sur une vingtaine de kilomètres le long de la voie bitumée, des dizaines d’hectares de terres pourtant sablonneuses sont aménagés pour le maraîchage. Oignon, tomate, piment, carotte, laitue, chou, poivron…une gamme variée de produits maraîchers y sont cultivés et écoulés vers les marchés béninois et dans des pays de la sous-région comme le Nigéria, le Togo et le Ghana.
Sans commune mesure
‘’ La quasi-totalité de ceux que vous voyez ici est constituée de pêcheurs reconvertis’’ confirme Adjéoda Amoussou, l’un des précurseurs de la culture de contre-saison dans la région. Ayant capitalisé 15 ans d’expérience dans cette activité à Lomé au Togo, Adjéoda s’est donc immigré, il y a une dizaine d’années à Ayiguinnou pour tenter une nouvelle aventure dans une région a priori hostile au maraîchage. ‘’ A l’époque, les natifs de cette région ne savaient pas que le maraîchage était possible. Mais lorsque nous avons commencé à produire, cela avait suscité une émulation au niveau de nombreuses personnes qui cherchent une alternative à la pratique de la pêche devenue peu rentable’’, raconte-t-il. Si Adjéoda est devenu l’une des plus grands maraîchers professionnels de la commune de Grand-Popo exploitant environ 22 ha de superficie, beaucoup de familles de pêcheurs arrivent également à tirer leur épingle du jeu.
‘’ Non seulement le maraîchage est rentable mais cette activité nous occupe à plein temps et nous nous auto-employons alors qu’avant nous passons jusqu’à trois mois à ne pas pêcher. Et lorsque nous allons sur les eaux, ce sont les propriétaires des filets qui se taillent la part du lion. Dans le même temps, tu as de la famille à nourrir et les enfants doivent aller à l’école’’, défend Ayivi, un autre producteur d’Ayiguinnou.
Et quand on parle de rentabilité, cela se chiffre parfois à des dizaines de millions de francs Cfa. En 2005, Adjéoda Amoussou indique avoir vendu plus de 20 millions de francs Cfa d’oignon et 30 millions de francs de tomates. ‘’ Entre Juillet et octobre, quand la vallée de l’Ouémé est inondée, les commerçants nigérians se retournent la région de Grand-Popo’’, explique-t-il. Il poursuit que lorsque toutes les conditions agronomiques sont réunies, son chiffre d’affaire tutoie la cinquantaine de millions de francs Cfa. Et de conclure : ‘’Entre le maraîchage et la pêche telle qu’elle se pratique ici, je trouve qu’il n’y a pas de commune mesure’’. Ne peut-on pas concilier les deux activités ? Benoît Amégan répond que le maraîchage exige une disponibilité qu’on ne saurait partager avec la pêche.
Des producteurs modernes
L’usage des outils modernes fait déjà partie des habitudes de ces maraîchers. Sur la plupart des sites, les motopompes et les tuyaux flexibles se sont substitués aux arrosoirs. Sur la superficie qu’elle aménage pour cette saison, Adjéoda Amoussou a introduit des aspaisseurs qui permettent un arrosage automatisé des cultures. ‘’ J’ai investi plus de 3,5 millions de francs Cfa pour les installer mais cela a l’avantage de réduire la main-d’œuvre qui me revient plus cher’’, rapporte-t-il visiblement satisfait.
Tata, la trentaine qui a fait un tour dans les jardins après une randonnée sur la mer continue quant à lui de pratiquer la pêche. Mais il précise que s’il n’est pas venu au maraîchage, c’est parce qu’elle n’a pas encore trouvé de périmètre pour démarrer. ‘’ Beaucoup d’autres veulent venir mais les parcelles ne sont pas disponibles’’.
Les difficultés foncières font partie du lot de problèmes auxquels ces maraîchers sont confrontés. Le domaine exploitée par Benoît Amégan louée à 12.000 francs Cfa l’an. Mais s’il a encore la chance de continuer à jouir de la location, ce n’est pas le cas d’autres producteurs dont les parcelles ont été vendues à des exploitants qui disposent d’une surface financière plus importante. De sorte que les maraîchers ayant perdu leur terre sont obligés d’être employés par les grands exploitants. A la question foncière s’ajoute le problème des intrants. Il n’existe pas encore au Bénin des intrants maraîchers fiables. Une lacune que les maraîchers essaient de combler avec l’usage des intrants coton qui ne produisent pas toujours les résultats escomptés.
Autre difficulté : l’accès aux crédits. L’absence de financement adapté à l’agriculture oblige de nombreux producteurs à recourir aux institutions de micro-finance dont le fonctionnement n’est pas souvent adapté au cycle de production agricole. Les maraîchers de Grand-Popo évoque également la non maîtrise du marché qu’il partage avec leurs homologues du Togo et du Ghana où la culture maraîchère a pris de l’essor. Mais étant conscients de la nécessité d’améliorer leur rendement pour demeurer compétitivité, ces producteurs atypiques sont décidés à relever les défis du maraîchage au détriment de la pêche qui a du plomb dans les ailes.
Gnona Afangbédji
Thibaut AIHOU a dit
votre article est très intéressant et m’a beaucoup édifié.en fait je suis un jeune exploitant à la recherche de plus amples informations sur le secteur des cultures maraichères au bénin et je vous serais reconnaissant de me faire parvenir via mon adresse mail que j’ai communiquée plus haut quelque information que vous auriez sur le secteur.
merci à vous.