L’abrogation du décret portant Accord-Cadre entre l’Etat et l’Interprofession de la filière coton suscite des remous au niveau de certains acteurs du secteur qui redoutent un retour en arrière préjudiciable pour l’avenir de la filière.
La décision était passée presque inaperçue, mais au fond, il s’agit d’un acte inquiétant qui annonce bouleversements importants dans l’organisation de la filière cotonnière béninoise. Le 19 avril dernier, le Conseil des ministres a abrogé le décret n° 2005-41 du 2 février 2005 portant Accord-Cadre entre l’Etat et l’Interprofession de la filière coton. Le gouvernement béninois en a décidé ainsi après avoir constaté ‘’ que les insuffisances et les dysfonctionnements persistent dans la gestion de la filière coton faite sur la base du partenariat établi entre les différents acteurs que sont les producteurs, les importateurs et distributeurs d’intrants, les égreneurs, les structures de l’interprofession de la filière et l’Etat’’.
Autrement dit, le gouvernement vient de remettre implicitement hors circuit l’Association Interprofessionnelle de Coton, qui depuis la libéralisation de ce secteur assure la gestion technique, matérielle et financière de la campagne cotonnière au Bénin. En lieu et place de l’Accord-Cadre, l’exécutif préconise la mise en place ‘’ d’un cadre de gestion transitoire de la filière, en attendant l’aboutissement d’une évaluation plus approfondie de cette filière’’.
Dans les rangs des acteurs de la filière cotonnière, la nouvelle a été acueillie avec désolation et indignation. Selon une source proche du Conseil national des producteurs de Coton, l’abrogation de cet accord constitue en soi une violation de l’Accord-Cadre par l’Etat béninois. Se fondant sur l’article 1er dudit accord sur la base duquel le décret a été abrogé, cette source indique que cette disposition parle de révision, en cas de besoin, entre les deux parties et non d’abrogation unilatérale de l’Etat. Néanmoins, le Conseil des ministres a tout simplement pris acte de l’arrivée à terme de l’Accord et décide que son exécution ne soit plus poursuivie. Ce faisant, l’Etat aurait usé de sa position de puissance publique pour mettre le pied sur un accord qui sert base légale au fonctionnement des structures de gestion de l’Interprofession. Pourtant, il y a moins d’un an, la réforme des organisations professionnelles de la filière prévue par ce même accord, a été bouclé sous la bénédiction du gouvernement.
Les désapprobations relevées au sein de la famille cotonnière annonce un bras de fer entre le gouvernement et l’Interprofession concernant le contrôle de la gestion de la filière cotonnière. Ce qui augure d’une campagne 2007-2008 assez mouvementée. Car, au-delà de l’abrogation, ce sont le sort des structures mises en place dans le cadre de la libéralisation et l’avenir de la filière cotonnière qui préoccupent nombre d’acteurs. Selon certains acteurs pessimistes, les jours de certaines organisations telles que la Cagia (Coopérative d’approvisionnement et de gestion des intrants agricoles) et de la Cspr (Centrale de sécurisation des paiements et de recouvrement) seraient déjà comptés. Pour cette catégorie de personnes, les signes avant-coureurs de la remise en cause du fonctionnement actuel de l’Interprofession ont été d’abord les annulations successives par le gouvernement, via le ministre de l’agriculture, des résultats des appels d’offres pour l’importation et la distribution des intrants coton conduits par la Commission Intrants Coton de l’AIC. Ensuite, l’Etat vient de mettre l’Accord cadre sous boisseau.
La prochaine manche, serait probablement, une décision du gouvernement de payer lui-même les producteurs. On en est pas encore là, mais d’aucuns redoutent cette forte immixtion de l’Etat dans la filière qui, selon eux, n’est pas la solution au problème du coton béninois. Selon certains observateurs, ce qu’il faut changer, c’est n’est pas le système, encore moins les hommes, c’est surtout la mentalité : cette tendance viscérale du Béninois à toujours passer outre les règles établies. ‘’ Que l’Etat, à travers son pouvoir régalien, amène chaque acteur à respecter les textes. C’est la clef de la relance du coton béninois’’, soutiennent-ils.
Gnona