A cette veille de la fête de l’Indépendance, le gouvernement du Président Boni Yayi peut se prévaloir d’un bilan économique plus ou satisfaisant au regard des derniers indicateurs économiques qui donnent des raisons d’espérer.
Sans nul doute, le Bénin d’aujourd’hui semble économiquement plus viable et mieux gérer qu’il y a encore trois années. Les récentes données publiées par la Bceao (Banque centrale des Etats de l’Afrique de l’Ouest sur les perspectives économique au sein de l’Uemoa (Union économique et monétaire de l’Afrique de l’Ouest) a montré que, lentement mais sûrement le Bénin remonte la pente des contre-performances économiques de la fin du régime Kérékou et comme aime le dire, le ministre Pascal Koupaki, comble les trous et s’emploie à redécoller.
Même s’il serait très tôt et prétentieux de parler de relance économique, le nouveau souffle dont se tape l’économie béninoise est à l’actif du gouvernement du Président Boni Yayi, qui dès sa mise en place a tenté de remettre à l’endroit et de consolider le cadre macro-économique du pays dont l’équilibre se trouvait sérieusement écorné. Rappelons au passage que, de 6,2% de croissance au moment où, Abdoulaye Bio Tchané quittait le ministère des finances en 2000 pour son poste de Directeur Afrique du Fonds monétaire International (FMI), Cosme Sehlin a laissé son portefeuille à son successeur Pascal Irénée Koupaki sur une croissance de 2,9% avec, semble-t-il, 200 millions dans les comptes de la Bceao. Une croissance qui, excepté la parenthèse du début de l’ère du Renouveau démocratique, est à retrouver dans les périodes de marasme économique des années 1980. Aujourd’hui, de sources proches des milieux financiers ouest-africains, le compte du Bénin à la banque centrale serait crédité d’environ 183 milliards de francs Cfa.
Les causes de la relance
Le premier défi auquel s’est attaché le gouvernement actuel a été la relance du coton béninois dont la campagne de production 2005-2006 a connu un repli exceptionnel de 190.000 tonnes. On se rappelle encore du préfinancement des 14 milliards de francs Cfa de dettes aux producteurs, des premières images du Chef de l’Etat béninois dans les champs du coton et son ambition de réaliser une production record de 500.000 tonnes pendant la campagne 2006-2007. Néanmoins, cette campagne s’est soldée par une production de 250 000, loin des 350 000 tonnes de prévisions et des ambitions du Président de la République. Mais cette hausse relative de la production par rapport à la campagne précédente a eu un effet bénéfique sur la croissance portée en décembre 2006 à 3,6%. Ces efforts de croissance se sont émoussés par la crise énergétique et la flambée du prix du pétrole qui ont induit un impact négatif sur la production industrielle.
Mais l’élément fondamental de ce début de relance reste l’assainissement des finances publiques conduit avec brio par l’actuel ministre d’Etat, Pascal Irénée Koupaki. En vue de réduire les déséquilibres des finances publiques, le Gouvernement a mis en oeuvre une série de mesures qui ont porté notamment sur la conduite d’audits des structures étatiques, le renforcement des régies financières, la mise en place d’un Comité de trésorerie et la centralisation des ressources de l’Etat auprès de la Bceao. Aujourd’hui, l’usage abusif des ordres de paiement relève du passé et l’Etat béninois dispose désormais d’un référentiel de prix pour l’achat des équipements et fournitures de bureau de l’administration.
Ces actions ont, par ailleurs, contribué à instaurer un cadre propice à une meilleure gestion de la dette publique afin de préserver les acquis résultant des allégements de dettes obtenus dans le cadre de l’annulation de la dette extérieure du Bénin. Du fait de ces annulations, d’un montant total de 570,3 milliards, l’encours de la dette extérieure rapporté au PIB s’établirait à 13,7% en 2006 contre 40,0% en 2005.
Afin de consolider les acquis de 2006, le gouvernement a démarré l’année en cours sur des objectifs de poursuite de l’assainissement des finances publiques, de l’augmentation de la production cotonnière. La prévision de croissance, annoncée début janvier pour 4,1%, a été reportée fin mai à 5% par la Bceao. La banque centrale table surtout sur une bonne campagne cotonnière, l’amélioration de la compétitivité du port autonome de Cotonou et la lutte contre la corruption. Les performances économiques dépendront également des progrès dans la diversification de la production et des exportations du pays et de l’impact positif du processus de libéralisation des activités de manutention et de l’assouplissement des restrictions commerciales imposées par le Nigeria.
Les obstacles aux prévisions de croissance
Malheureusement, ces perspectives encourageantes de la Bceao se heurtent à la poursuite de la crise énergétique qui, selon la Bceao, aurait déjà entraîné une chute de 25% de la production industrielle. De plus, la crise qui secoue actuellement le secteur des GSM au Bénin va forcément tirer la croissance vers le bas. La mise sous tension des équipements de Moov et Mtn dont l’impact économique reste à évaluer, laissent présager des effets négatifs sur la croissance, du fait d’importantes ressources perdues par l’Etat, des milliers d’emplois perdus ainsi que les perturbations de réseaux aux abonnés téléphoniques en général et aux opérateurs économiques en particulier. De la même manière, cette crise constitue un frein pour l’investissement direct étranger du fait qu’elle suscite beaucoup d’interrogations sur l’environnement des affaires au Bénin.
Mais visiblement, les indicateurs actuels montrent que le gouvernement tient le bon bout de la clef de la relance économique du pays. Il y a donc des raisons d’espérer, à condition que les efforts déployés çà et là s’opèrent de façon cohérente afin que l’opinion n’ait pas l’impression que le gouvernement navigue à vue.
Gnona