Le Blog de Gnona

L’Economie africaine au quotidien

Archives pour mai 2009

Crise financière et économique:Le Nigéria éternue, le Bénin s’enrhume

Posté par gnona le 05 Tue, 26 May 2009 17:09:57 +000057 23, 2007

L’onde de choc de la récession économique du Nigéria commence à se répandre sur le Bénin qui tire une part importante de ses devises des échanges commerciaux florissants avec le Géant de l’Est.

C’est un secret de polichinelle d’affirmer que le Bénin est économiquement  dépendant du Nigéria. Et dans ce nouveau contexte de crise financière et économique mondiale, cette dépendance se manifeste de façon très négative sur l’économie béninoise. Il y a quelques semaines, le Chef de l’Etat, en personne, a tenu une séance de travail, avec les services de la douane béninoise, étant préoccupé de la chute des recettes douanières au premier trimestre de l’année 2009. Cette situation n’est en réalité que la conséquence logique de la récession économique qui s’ouvre au Nigéria et qui se traduit par une baisse sensible de la demande dans ce pays riche d’environ 150 millions de consommateurs.
Le recul de la demande des matières premières, induite par la crise, a entraîné une chute brutale du cours des prix du pétrole brut au cours de ces derniers mois. Cette baisse accélérée du cours du brut a fortement grevé l’économie du Nigéria, premier producteur africain et 6è mondial, dont le pétrole occupe plus de 95% des recettes d’exportation. La perte considérable des revenus pétroliers, pendant ces derniers mois, a eu un effet d’entraînement sur les autres segments de l’économie du géant de l’Est, notamment de l’industrie automobile et le secteur textile. Aujourd’hui, Peugeot Nigeria est au bord de la faillite avec plus 25.000 emplois menacés. Autre signe frappant de cette récession économique, la bourse des Valeurs du Nigéria (NSE) dont les mérites sont vantés, depuis la réforme sur la recapitalisation des banques nigérianes, aurait enregistré une perte de plus de 10 milliards de dollars du fait de la crise. La fronde sociale bat son plein et les grèves perlées des puissants syndicats nigérians ne sont pas de nature à calmer la tempête.
Ce scénario catastrophe qui éponge une décennie de croissance forte dans la République fédérale étale déjà ses tentacules sur le Bénin, taxé « d’Etat-entrepôt du Nigéria ». La baisse des recettes douanières est un fait mais reste à évaluer l’impact réel de la récession économique nigériane sur le Bénin.
Selon le Laboratoire d’analyses régionales et d’expertise sociale (LARES) du Professeur John Igué, la réexportation procure plus du tiers des recettes douanières et environ 14% des recettes budgétaires totale. La marge brute des sociétés d’import-export de Cotonou est estimée à plus de 30 milliards de francs Cfa. Ce chiffre ne prend pas même en compte les coûts générés par l’ensemble des services liés à l’opération d’importation (port, transitaires, banques, manutention, etc.). L’addition risque donc d’être salée.

Les secteurs grippés
Parmi les secteurs menacés, celui des véhicules d’occasion occupe une place de choix. En dépit des mesures d’interdiction prises par le Nigéria depuis 2002, ce pays reste la principale destination des véhicules dits « venus de France ». Les récentes statistiques du ministère en charge de l’économie maritime indiquent que plus de 80% des véhicules parqués sur les sites de Sèkandji et Ekpè sont achetés par les Nigérians. Lorsqu’on sait qu’en deux ans, ce commerce a rapporté plus de 46 milliards francs Cfa au cordon douanier, il y a lieu de s’inquiéter du recul de la demande en provenance de Lagos.
Le commerce des textiles doit avoir aussi pris un coup de bambou, les textiles étant l’un des produits qui animent l’activité de réexportation vers le Nigéria. C’est donc une situation de mévente que les commerçants indo-pakistanais qui contrôlent cette activité vivent, actuellement, ainsi que les revendeurs de friperies dont plus de 90% de balles qui transitent par le port de Cotonou sont tournés vers le marché nigérian. Même son de cloche chez les importateurs des poulets congelés qui, malgré les mesures restrictives nigérianes, étaient toujours sollicités par leurs partenaires nigérians. D’autres produits alimentaires tels que les huiles, le riz, les pates alimentaires ne sont pas épargnées.
Le fait que l’économie du Bénin est arrimé à celle du Géant de l’Est comporte des avantages, mais aussi des inconvénients, en cas de problèmes. Cela se ressent d’ailleurs à chaque fois que le Nigéria prend des mesures d’interdictions et renforce surtout le contrôle sur les frontières terrestres avec le Bénin. Il s’agit donc d’un paramètre capital à analyser par la commission mise en place, la semaine dernière, par le président de la République, pour proposer des réponses de politique économique contre la crise qui n’a pas encore révélé tout son impact sur l’économie béninoise.

Par Gnona

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Présence sur le marché financier régional: Les entreprises béninoises toujours en rade

Posté par gnona le 05 Tue, 26 May 2009 16:27:39 +000039 23, 2007

Les entreprises béninoises marquent peu d’intérêt à la bourse régional des valeurs mobilières  qui offre, pourtant, des avantages certains en termes de mobilisation de l’épargne et de financement de l’économie. Nécessité de discrétion ou ignorance des opportunités du marché financier ?

Le constat est assez frappant pour peu qu’on s’intéresse au marché financier régional. Sur les 40 sociétés cotées à la bourse régionale des valeurs mobilières, rue Joseph Anoma à Abidjan, une seule porte la marque BN, identifiant du titre béninois : La Banque of Africa Bénin. Seule, cette société fait porter haut le flambeau du Bénin sur le marché financier régional, à travers les cours appréciables de ses valeurs qui comptent parmi les mieux cotées de la BRVM. Les autres grandes entreprises béninoises brillent par leur absence alors qu’elles ont pas mal d’atouts à valoir en termes mobilisation de l’épargne des citoyens de la sous-région et de financement des investissements public et privé. Pourtant quatre sociétés de gestion d’intermédiation (SGI) opèrent depuis Cotonou et participent quotidiennement à l’animation du marché financier régional.
Le peu d’intérêt qu’accordent les sociétés béninoises au marché financier régional a toujours été un sujet de préoccupation pour Nicolas Adagbé, administrateur de la BRVM qui s’en défend à chaque assemblée générale annuelle de  l’antenne de Cotonou, sis à la chambre de commerce et d’industrie du Bénin. Selon lui, la première raison est sans doute l’absence d’une culture boursière au sein de l’espace Uemoa. La BRVM a démarré ses activités, il y a seulement 11 ans, en héritant de la bourse d’Abidjan qui était constituée uniquement d’entreprises ivoiriennes.  Elle  a connu une période de balbutiement avant de retrouver l’essor qu’on lui connaît aujourd’hui. Il a fallu donc du temps pour convaincre les entreprises d’autres pays de l’espace à intégrer le marché en construction. Le Bénin serait également dans cette dynamique d’observation.

Rendez-vous manqué de la privatisation
Mais en créant ce marché régional, les autorités de la région avaient surtout misé sur la réussite des opérations de privatisation des entreprises nationales pour renforcer les rangs des sociétés cotées à la bourse. Au Bénin, aucune société privatisée ne s’est inscrite à la côte de la BRVM. Sont-elles réticentes à se soumettre aux exigences de transparence de la bourse et ont-elles peur des risques ? Aucune étude ne s’est réellement penchée sur la question. Toujours est-il que les responsables de la BRVM et les sociétés de gestion d’intermédiation (SGI) gardent toujours l’espoir que les grandes entreprises béninoises qui disposent d’ailleurs d’une solidité financière appréciable vont se rallier pour renforcer le marché. A cet effet, il est déjà annoncé une possible cotation de Bénin Télécoms, après sa privatisation. Il ne peut d’ailleurs en être autrement lorsqu’on connaît les succès éclatants enregistrés par la SONATEL (Société sénégalaise des télécommunications) dont le cours est passé de 10.000 à 200.000 francs dans un passé récent. Même des conducteurs de taxi sénégalais ont fait fortune en achetant des actions SONATEL.
Une autre raison qui justifie l’absence des entreprises béninoises sur le marché est liée au type d’entreprises dont le pays regorge. La plupart des sociétés béninoises sont non seulement des PME mais surtout des entreprises de type familial et unipersonnel, comme l’explique Jean Paul Gillet, directeur général de la BRVM. Des « SARL », c’est le terme économique consacré ! Or, ce sont les sociétés anonymes qui animent le marché financier car l’actionnariat n’est pas détenu par une seule personne mais ouvert au public. Il s’agit d’un constat général qui touche l’ensemble des économies de la région. Et pour marquer l’intérêt de ce type de société au marché financier, les autorités de la BRVM travaillent aujourd’hui à développer des produits spécifiques à l’endroit des PME/PMI.

Les avantages de la bourse
En réalité, la bourse présente des avantages certains aussi bien pour les entreprises que l’Etat et le public. « Une bourse est un baromètre de l’économie », soutient Khassim Diop, chargé du développement du marché à la BRVM. Pour preuve, l’impact de la crise économique mondiale sur les économies de la région s’est révélé, à la BRVM, à travers par exemple, les valeurs qui exportent de l’huile de palme et de l’hévéa. Ces sociétés, à l’instar de SAPH CI, ont vu leur cours chuté.
« La bourse traduit l’ensemble des jugements que portent les investisseurs sur les sociétés dont ils négocient  les valeurs », poursuit  Khassim Diop pour montrer comment une société cotée peut gagner en notoriété et en bonne gouvernance grâce à l’information boursière. Selon lui, l’évolution des cours peut servir de référence à l’appréciation des perspectives  de la société cotée, de la faible ou grande crédibilité de ses organes de gestion, de l’augmentation ou la baisse de ses activités, de la notoriété de l’entreprise dans son secteur et de la valeur du produit sur le marché, de manière orienter le choix de l’investisseur.
La bourse permet surtout le renforcement de l’épargne nationale qui reste encore très faible au Bénin. A travers les placements qu’ils effectuent les particuliers peuvent ainsi contribuer de façon significative au financement de l’économie. Selon le Conseil régional de l’épargne publique et des marchés financiers (CREPMF), la contribution de la BRVM au financement des économies de l’Uemoa est passée de 1% en 2000 à 3% en 2004 et 7% en 2008. Les entreprises béninoises ne doivent plus rester en marge de ce regain d’activités sur le marché financier régional. En cette période de crise économique, le jeu en vaut vraiment la chandelle.

Par Gnona

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TIC : La faible connexion handicape les radios béninoises

Posté par gnona le 05 Tue, 26 May 2009 16:11:17 +000017 23, 2007

Une récente étude réalisée par l’Institut Panos Afrique de l’Ouest a mis en relief la faible présence des radios béninoises sur le web. Le retard consenti par les radios béninoises dans l’appropriation des technologies de l’information et de la communication (TIC) dénote surtout de la qualité de la bande passante du pays qui laisse à désirer.
 

Le Bénin dispose de la fibre optique à gogo mais reste paradoxalement handicapé par la faiblesse de sa bande passante. Une conférence-débat organisée, lundi 18 mai, à Cotonou autour du thème : « Radio et NTIC au Bénin et en Afrique de l’Ouest, quels usages et quels enjeux ? », a une fois encore, relevé la faiblesse de la connexion internet qui empêche souvent le téléchargement des documents lourds à partir du Bénin. Les radios béninoises en sont victimes et peinent aujourd’hui à marquer leur présence sur la toile. Cette conférence initiée par l’Institut Panos Afrique de l’Ouest (IPAO) en collaboration avec le Campus numérique francophone de Cotonou et l’Union des Professionnels des Médias du Bénin lui a permis de rendre compte d’une étude récente qu’il a produite pour faire l’état des lieux de la connectivité des radios ouest-africaines aux TIC (internet, satellite, ordinateur, outils de stockage numérique…)

220 radios ont été enquêtées dont une vingtaine de radios béninoises. Les résultats de l’étude, présentés par Ken Lohento, coordonnateur du programme TIC de l’IPAO sont éloquents. Le taux d’accès moyen à l’internet des radios des sept pays de la région enquêtés (Ghana, Sénégal, Mali, Sierra-Léone, Burkina-Faso, Niger, Bénin) est estimé à 51,8% dont 72,2% pour les radios privées commerciales et 31,5% pour les radios communautaires ou associatives. La moyenne béninoise de connectivité s’élève à 55%, toutes radios confondues, révèle l’étude. Parmi les pays enquêtés, le Ghana et le Sénégal caracolent en tête avec un taux de connectivité respectif de 93,5% et 89,7%. Au Ghana et au Sénégal, toutes les radios commerciales sont connectées à l’internet.

Si l’étude a démontré que les TIC sont bien présentes dans les radios béninoises notamment grâce à l’usage de la téléphonie mobile et de la technologie ADSL, la présence de ces radios sur le net est très faible. Au Bénin comme dans la plupart des pays enquêtés, la diffusion en live sur internet est très instable ou inexistante, bien que souvent annoncée. Les rares radios présentes sur la toile disposent très peu de contenus. Mais une fois encore, le Ghana et le Sénégal sont les pays où les radios disposent davantage de sites web.

La faible représentativité des radios béninoises sur la toile se justifie, non seulement par le coût élevé de la connexion internet au Bénin mais surtout de la faiblesse de la bande. Non seulement le téléchargement est très difficile avec le faible niveau de connexion mais écouter une radio sur internet au Bénin est presque impossible. Même Radio France International (RFI) qui travaille, chaque jour pour rendre moins ses bases de données, n’est pas facilement écoutable sur internet au Bénin.
Pour permettre aux radios béninoises de tirer le maximum des opportunités que les offrent les nouvelles technologies de l’information et de la communication, l’étude recommande, entre autres, le développement de la connectivité par l’augmentation de la bande passante, la consolidation des infrastructures, l’extension de la couverture des réseaux téléphoniques et la baisse des coûts d’accès. Elle préconise également la mise en place des serveurs pouvant héberger les sites web des radios ainsi que l’intégration des TIC dans la formation des journalistes et animateurs de radios.

Présent au cours de la conférence, Marcellin Illougbadé, directeur des études et de la réglementation au ministère en charge de la communication a exposé la stratégie nationale des TIC au Bénin et levé un coin de voile sur le projet béninois de migration numérique à l’horizon 2015.

Par Gnona

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Ken Lohento, Coordonnateur des Programmes TIC à l’Institut Panos: « Il est temps pour le Bénin d’avoir un organe de régulation définitif et indépendant »

Posté par gnona le 05 Tue, 26 May 2009 16:04:55 +000055 23, 2007

 Béninois vivant au Sénégal, Ken Lohento fait partie des pionniers dans le développement des TIC et la promotion de la communication citoyenne à l’ère du numérique en Afrique de l’Ouest. En marge du séminaire régional sur le cadre juridique des TIC, tenu du 11 au 13 mars à la station balnéaire de Saly (Sénégal), il a accepté de nous entretenir sur les enjeux de l’harmonisation des législations nationales et les défis de la régulation des télécommunications et des TIC en Afrique de l’Ouest et au Bénin. Interview.

Vous avez organisé, du 11 au 13 mars, un séminaire régional sur le cadre juridique et politique des télécoms et TIC en Afrique de l’Ouest. Il a été surtout question de l’harmonisation de la législation au niveau des pays. Quel est l’intérêt de cette harmonisation pour nos Etats en matière de d’amélioration de l’environnement des Télécoms et TIC ?

Ken Lohento : Je pense qu’aujourd’hui, nous vivons dans un monde globalisé qui oblige les différents ensembles régionaux à mieux s’organiser. En particulier, si nous considérons notre espace sous-régional ouest-africain, il est constitué de petits pays qui, individuellement, ne peuvent pas réellement peser dans l’économie mondiale. C’est pourquoi, il est important qu’il y ait une intégration régionale, une intégration qui soit non seulement politique mais également économique. Et si on veut aboutir à une intégration économique qui nous renforce et nous donne plus de poids au niveau international, il est important que toutes les lois qui gouvernent cet espace soient similaires. Il faut que l’investisseur qui vient dans la région ne puisse pas rencontrer différentes lois en passant du Bénin au Togo ou au Ghana. L’harmonisation est très importante pour que le marché sous-régional soit consolidé, qu’il y ait un marché unifié à l’investisseur c’est le cas au niveau de l’Union européenne.
 Dans le même temps, par rapport à la vie dans la société de l’information, si nous nous considérons comme un espace intégré régional, il est important que les règles qui régissent la communication citoyenne soient identiques d’un pays à un autre. Lorsqu’un citoyen ouest-africain qui circule dans la région, agit sur internet, il ne doit pas être en face de différentes législations qui constituent des casse-têtes. L’harmonisation est très importante dans un domaine de nouvelles technologies qui évoluent très vite. Si on est un seul pays, on n’a pas forcément toute la largeur de vue et toute la vision prospective nécessaire pour pouvoir légiférer sur tous ces sujets qui émergent et se développent très rapidement

Ce séminaire a révélé que les actes additionnels de la CEDEAO sur les Télécoms et TIC n’ont été transposés dans les législations nationales par la plupart des Etats membres. Comment expliquez-vous cette lenteur?

Je pense qu’il y a plusieurs problèmes auxquels la transposition fait face d’un pays à un autre. Il y a par exemple, les problèmes de stabilité politique dans certains pays. Si vous prenez l’exemple de la Guinée, ce pays ne peut absolument pas travailler sur un cadre légal ou politique unifié s’il y a des problèmes de gouvernance, des coups d’Etat. Les populations, du coup, ont d’autres réoccupations. La question se pose également lors que les ministres changent régulièrement. Lorsqu’un ministre commence un processus et un nouveau arrive, le travail initié par le premier est forcément freiné ou tout au moins ralenti.
Il y a aussi que les textes communautaires peuvent poser certains problèmes à certaines législations. Il y aura par exemple des dispositions qui contraignent des pays à réfléchir sur l’adéquation de ces textes communautaires avec leur constitution. Tout cela engendre des discussions supplémentaires qui font que d’un pays à un autre, il y a des lenteurs. Il faut qu’on travaille vraiment pour accélérer l’harmonisation pour que même les volets qui ne sont pas encore  intégrés, notamment les aspects liés la liberté d’expression, à la cybersécurité, à la promotion de la communication citoyenne, de la vie dans la société de l’information le soient le plus rapidement possible. On doit aussi créer de nouvelles législations sur des enjeux comme la propriété intellectuelle, la régulation de la convergence puisqu’aujourd’hui on ne peut plus réguler de façon indépendante les médias et les télécommunications.

Vous parlez de régulation qui fait partie des éléments essentiels de cette harmonisation. Vous vivez au Sénégal, vous maîtrisez mieux le mécanisme de régulation des télécoms au niveau de ce pays. Alors, quelles sont les meilleures pratiques que les autres pays de la région peuvent tirer de l’expérience sénégalaise ?

Je ne veux pas faire de comparaison mais je sais qu’il y a eu des faits qui ont illustré que l’Agence de régulation des Télécommunications et des Postes du Sénégal (ARTP) est vraiment en avance sur d’autres agences dans la sous-région. Par exemple, lorsque l’ARTP arrive à amender la Société nationale des télécommunications (SONATEL) qui est l’opérateur historique, c’est une avancée.  Dans d’autres pays, l’opérateur historique est très représenté au niveau de l’agence de régulation de façon directe ou indirecte. Le régulateur a donc du mal à le sanctionner. Le Sénégal est parvenu à non seulement le rappeler à l’ordre mais à le sanctionner.
Un autre élément concerne les processus d’élaboration des normes. Je sais qu’il y a eu des propositions de lois que l’ARTP a mises en ligne et a demandé à tous les acteurs concernés de dire leur point de vue par rapport à cette réglementation. Cette démarche permet de recueillir les points de vue des acteurs du secteur des TIC que ce soit le secteur privé ou la société civile afin que ces lois soient plus ou moins des lois inclusives, qui tiennent compte des préoccupations des différentes catégories sociales. Aujourd’hui, Internet est accessible, au moins à tous les professionnels. On peut tirer avantage de cet outil pour demander leur avis. Et même la CEDEAO devrait améliorer son mode de consultation des citoyens communautaires. Non pas seulement organiser des réunions physiques mais soumettre des recommandations en ligne avant de les adopter.

En tant que Béninois, vous suivez certainement, de près, la situation dans votre pays. Quel est votre regard sur la régulation dans votre pays ?

Moi, je regrette premièrement qu’on ait toujours une instance provisoire. Je pense qu’il est temps qu’on puisse avoir un organe définitif et indépendant qui puisse être opérationnel et avoir les moyens financiers, technologiques d’agir pour un accès internet pour tous. Je crois également que les acteurs de la société civile qui sont dans cet organe doivent bien jouer leur rôle. J’ai aussi appris que certains membres de cet organe ne sont plus opérationnels parce qu’ils sont appelés à d’autres responsabilités. Si c’est le cas, il faut les remplacer, ou du moins, éclaircir un peu cette situation afin qu’ils puissent avoir le temps de bien contribuer à l’opérationnalisation de cet organe.

On parle souvent de l’indépendance des instances de régulation. Quel contenu donnez-vous à cette indépendance ?

L’indépendance peut être illustrée sous plusieurs aspects. Il y a d’abord l’indépendance dans la prise de décision, dans la régulation elle-même. Il y a l’indépendance économique. Là, c’est un peu difficile parce que les ressources que peuvent avoir les instances de régulation ne peuvent leur permettre de pouvoir réaliser toutes leurs missions. Ces organes dépendent aussi de l’Etat. Ils ont besoin d’avoir un budget de fonctionnement. C’est à ce niveau que, parfois, on peut avoir des soucis d’indépendance avec  le gouvernement. Dans certains pays, pour amener certains organes à être un peu plus attentif à la volonté du gouvernement, on joue parfois sur la disponibilité des ressources de fonctionnement. Mais en dehors de l’Etat, je crois que les organes de régulation doivent être aussi indépendants des autres forces sociales, notamment le secteur privé, plus particulièrement le secteur privé international. On a un secteur privé international qui est présent localement et qui a beaucoup plus de forces que l’Etat même. Donc le régulateur doit être aussi indépendant de ces pouvoirs économiques. C’est une question complexe, l’indépendance ne peut pas être totale. Mais il faut vraiment œuvrer pour que les décisions des organes de régulation soient des décisions inspirées par une bonne régulation inclusive qui puissent vraiment promouvoir le secteur des TIC dans le pays.

Propos recueillis par Gnona

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Lutte contre l’essence Kpayo : L’Etat est-il essoufflé ?

Posté par gnona le 05 Tue, 26 May 2009 06:13:15 +000015 23, 2007

L’essence dite frelatée communément appelé « kpayo » au Bénin fait encore parler d’elle. Depuis plus d’un mois, l’Etat et les revendeurs de ce produit se livrent à un jeu de yoyo pour lequel il est encore risqué de parier sur qui aura définitivement le dessus.

A l’origine, une série d’incendies, coup sur coup occasionnés par des transporteurs en vrac de l’essence qui ont fait beaucoup de morts à Cotonou, la capitale économique du Bénin. Pour un Etat qui se respecte, on ne saurait tolérer cette activité informelle, qui plus est, constitue une menace constante d’insécurité pour la population. Le gouvernement a donc profité de la baisse du cours du brut sur le marché international pour passer à l’attaque. Pour marquer son volontarisme, il fait passer le prix de l’essence à la pompe de 485 à 350 francs. De quoi faire taire les critiques qui l’accusent souvent de vouloir assainir le marché sans proposer de mesures d’accompagnement. La première et la principale d’ailleurs, c’est rendre l’essence moins chère et disponible dans les stations services. Rendre moins chère oui, mais la disponibilité du produit pose encore problème. Mais de l’autre côté, les revendeurs du « kpayo » qui sont d’une organisation impressionnante avaient plus d’un tour dans leur sac. Ils font passer également le litre à la table à 325 francs Cfa, voire 300, le marché nigérian, l’unique source d’approvisionnement s’étant arrimé à la tendance baissière du marché international. Commence alors une guerre de représailles sans merci engagée par le ministre en charge de l’Intérieur pour nettoyer ces « koweit cities » qui ne font toujours la fierté du pays.

L’Etat vers un nouvel échec ?

Mais les acteurs du « kpayo » connaissent mieux que quiconque les faiblesses de la stratégie de l’Etat et maîtrisent la psychologie du Béninois. Il estime que les retombées de la croissance ne sont pas équitablement réparties. Dans la conscience collective, c’une minorité haut placée qui s’en met plein les poches, ne lui demandez surtout pas de faire des sacrifices au nom de l’intérêt général. Dans ce cas de figure, patriotisme n’est pas Béninois. Les revendeurs du kpayo le savent. Ils déclenchent alors une grève générale d’une semaine. Pour ces acteurs qui gèrent plus de 70% du réseau de distribution des produits pétroliers au Bénin, il s’agit d’un signal pour démontrer leur force de frappe. Les conséquences sont apparues toute suite : longues filles d’attente, pénurie dans les stations-services à Cotonou. Dans d’autres villes du pays où les stations services ont fermé à cause de la concurrence déloyale du « kpayo », la situation étaient encore plus épouvantable. En quelques jours, la lutte que menait le ministre de l’Intérieur est devenue comme une tempête dans un ver d’eau. En lançant son opération coup de poing, le gouvernement savait pertinemment qu’il n’avait pas les moyens de sa politique. Car, il n’est pas à son premier coup. En 2006, la même opération s’est soldée par un fiasco. L’Etat a été obligé de ramener ces acteurs de l’informel à la table des négociations, avec à la clé des promesses de reconversion et de facilités pour avoir des micro-stations. Pour les revendeurs, qui sont bien conscients des dégâts que causent leurs activités, le gouvernement ne doit s’en prendre qu’à lui-même pour n’avoir pas respecté ses propres engagements. Aucun plan cohérent de reconversion n’a été concocté, en dépit des multiples séances de travail qu’ils ont eu avec le ministre en charge du commerce et son homologue de la micro-finance. Quand aux stations trottoirs, l’idée a été récupérée par des opérateurs économiques au détriment de ceux pour qui le concept a été promu. Aucun revendeur n’a pu installer une seule mini-station. Comme si de rien n’était, les « koweit cities » ont repris du service jusqu’à ce nouveau bras de fer. Aujourd’hui, cette lutte semble, une fois encore tournée en faveur des revendeurs d’autant qu’ils sont repris du service et font drainer encore les consommateurs. L’Etat devra encore reculer plus loin que d’habitude avant de venir à bout de cette activité qui constitue une véritable bombe à retardement.
Gnona

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