Lutte contre l’essence Kpayo : L’Etat est-il essoufflé ?
Posté par gnona le 05 Tue, 26 May 2009 06:13:15 +000015 23, 2007
L’essence dite frelatée communément appelé « kpayo » au Bénin fait encore parler d’elle. Depuis plus d’un mois, l’Etat et les revendeurs de ce produit se livrent à un jeu de yoyo pour lequel il est encore risqué de parier sur qui aura définitivement le dessus.
A l’origine, une série d’incendies, coup sur coup occasionnés par des transporteurs en vrac de l’essence qui ont fait beaucoup de morts à Cotonou, la capitale économique du Bénin. Pour un Etat qui se respecte, on ne saurait tolérer cette activité informelle, qui plus est, constitue une menace constante d’insécurité pour la population. Le gouvernement a donc profité de la baisse du cours du brut sur le marché international pour passer à l’attaque. Pour marquer son volontarisme, il fait passer le prix de l’essence à la pompe de 485 à 350 francs. De quoi faire taire les critiques qui l’accusent souvent de vouloir assainir le marché sans proposer de mesures d’accompagnement. La première et la principale d’ailleurs, c’est rendre l’essence moins chère et disponible dans les stations services. Rendre moins chère oui, mais la disponibilité du produit pose encore problème. Mais de l’autre côté, les revendeurs du « kpayo » qui sont d’une organisation impressionnante avaient plus d’un tour dans leur sac. Ils font passer également le litre à la table à 325 francs Cfa, voire 300, le marché nigérian, l’unique source d’approvisionnement s’étant arrimé à la tendance baissière du marché international. Commence alors une guerre de représailles sans merci engagée par le ministre en charge de l’Intérieur pour nettoyer ces « koweit cities » qui ne font toujours la fierté du pays.
L’Etat vers un nouvel échec ?
Mais les acteurs du « kpayo » connaissent mieux que quiconque les faiblesses de la stratégie de l’Etat et maîtrisent la psychologie du Béninois. Il estime que les retombées de la croissance ne sont pas équitablement réparties. Dans la conscience collective, c’une minorité haut placée qui s’en met plein les poches, ne lui demandez surtout pas de faire des sacrifices au nom de l’intérêt général. Dans ce cas de figure, patriotisme n’est pas Béninois. Les revendeurs du kpayo le savent. Ils déclenchent alors une grève générale d’une semaine. Pour ces acteurs qui gèrent plus de 70% du réseau de distribution des produits pétroliers au Bénin, il s’agit d’un signal pour démontrer leur force de frappe. Les conséquences sont apparues toute suite : longues filles d’attente, pénurie dans les stations-services à Cotonou. Dans d’autres villes du pays où les stations services ont fermé à cause de la concurrence déloyale du « kpayo », la situation étaient encore plus épouvantable. En quelques jours, la lutte que menait le ministre de l’Intérieur est devenue comme une tempête dans un ver d’eau. En lançant son opération coup de poing, le gouvernement savait pertinemment qu’il n’avait pas les moyens de sa politique. Car, il n’est pas à son premier coup. En 2006, la même opération s’est soldée par un fiasco. L’Etat a été obligé de ramener ces acteurs de l’informel à la table des négociations, avec à la clé des promesses de reconversion et de facilités pour avoir des micro-stations. Pour les revendeurs, qui sont bien conscients des dégâts que causent leurs activités, le gouvernement ne doit s’en prendre qu’à lui-même pour n’avoir pas respecté ses propres engagements. Aucun plan cohérent de reconversion n’a été concocté, en dépit des multiples séances de travail qu’ils ont eu avec le ministre en charge du commerce et son homologue de la micro-finance. Quand aux stations trottoirs, l’idée a été récupérée par des opérateurs économiques au détriment de ceux pour qui le concept a été promu. Aucun revendeur n’a pu installer une seule mini-station. Comme si de rien n’était, les « koweit cities » ont repris du service jusqu’à ce nouveau bras de fer. Aujourd’hui, cette lutte semble, une fois encore tournée en faveur des revendeurs d’autant qu’ils sont repris du service et font drainer encore les consommateurs. L’Etat devra encore reculer plus loin que d’habitude avant de venir à bout de cette activité qui constitue une véritable bombe à retardement.
Gnona