Le Blog de Gnona

L’Economie africaine au quotidien

Archive de la catégorie «Economie Béninoise»

Présence sur le marché financier régional: Les entreprises béninoises toujours en rade

Posté par gnona le 05 Tue, 26 May 2009 16:27:39 +000039 23, 2007

Les entreprises béninoises marquent peu d’intérêt à la bourse régional des valeurs mobilières  qui offre, pourtant, des avantages certains en termes de mobilisation de l’épargne et de financement de l’économie. Nécessité de discrétion ou ignorance des opportunités du marché financier ?

Le constat est assez frappant pour peu qu’on s’intéresse au marché financier régional. Sur les 40 sociétés cotées à la bourse régionale des valeurs mobilières, rue Joseph Anoma à Abidjan, une seule porte la marque BN, identifiant du titre béninois : La Banque of Africa Bénin. Seule, cette société fait porter haut le flambeau du Bénin sur le marché financier régional, à travers les cours appréciables de ses valeurs qui comptent parmi les mieux cotées de la BRVM. Les autres grandes entreprises béninoises brillent par leur absence alors qu’elles ont pas mal d’atouts à valoir en termes mobilisation de l’épargne des citoyens de la sous-région et de financement des investissements public et privé. Pourtant quatre sociétés de gestion d’intermédiation (SGI) opèrent depuis Cotonou et participent quotidiennement à l’animation du marché financier régional.
Le peu d’intérêt qu’accordent les sociétés béninoises au marché financier régional a toujours été un sujet de préoccupation pour Nicolas Adagbé, administrateur de la BRVM qui s’en défend à chaque assemblée générale annuelle de  l’antenne de Cotonou, sis à la chambre de commerce et d’industrie du Bénin. Selon lui, la première raison est sans doute l’absence d’une culture boursière au sein de l’espace Uemoa. La BRVM a démarré ses activités, il y a seulement 11 ans, en héritant de la bourse d’Abidjan qui était constituée uniquement d’entreprises ivoiriennes.  Elle  a connu une période de balbutiement avant de retrouver l’essor qu’on lui connaît aujourd’hui. Il a fallu donc du temps pour convaincre les entreprises d’autres pays de l’espace à intégrer le marché en construction. Le Bénin serait également dans cette dynamique d’observation.

Rendez-vous manqué de la privatisation
Mais en créant ce marché régional, les autorités de la région avaient surtout misé sur la réussite des opérations de privatisation des entreprises nationales pour renforcer les rangs des sociétés cotées à la bourse. Au Bénin, aucune société privatisée ne s’est inscrite à la côte de la BRVM. Sont-elles réticentes à se soumettre aux exigences de transparence de la bourse et ont-elles peur des risques ? Aucune étude ne s’est réellement penchée sur la question. Toujours est-il que les responsables de la BRVM et les sociétés de gestion d’intermédiation (SGI) gardent toujours l’espoir que les grandes entreprises béninoises qui disposent d’ailleurs d’une solidité financière appréciable vont se rallier pour renforcer le marché. A cet effet, il est déjà annoncé une possible cotation de Bénin Télécoms, après sa privatisation. Il ne peut d’ailleurs en être autrement lorsqu’on connaît les succès éclatants enregistrés par la SONATEL (Société sénégalaise des télécommunications) dont le cours est passé de 10.000 à 200.000 francs dans un passé récent. Même des conducteurs de taxi sénégalais ont fait fortune en achetant des actions SONATEL.
Une autre raison qui justifie l’absence des entreprises béninoises sur le marché est liée au type d’entreprises dont le pays regorge. La plupart des sociétés béninoises sont non seulement des PME mais surtout des entreprises de type familial et unipersonnel, comme l’explique Jean Paul Gillet, directeur général de la BRVM. Des « SARL », c’est le terme économique consacré ! Or, ce sont les sociétés anonymes qui animent le marché financier car l’actionnariat n’est pas détenu par une seule personne mais ouvert au public. Il s’agit d’un constat général qui touche l’ensemble des économies de la région. Et pour marquer l’intérêt de ce type de société au marché financier, les autorités de la BRVM travaillent aujourd’hui à développer des produits spécifiques à l’endroit des PME/PMI.

Les avantages de la bourse
En réalité, la bourse présente des avantages certains aussi bien pour les entreprises que l’Etat et le public. « Une bourse est un baromètre de l’économie », soutient Khassim Diop, chargé du développement du marché à la BRVM. Pour preuve, l’impact de la crise économique mondiale sur les économies de la région s’est révélé, à la BRVM, à travers par exemple, les valeurs qui exportent de l’huile de palme et de l’hévéa. Ces sociétés, à l’instar de SAPH CI, ont vu leur cours chuté.
« La bourse traduit l’ensemble des jugements que portent les investisseurs sur les sociétés dont ils négocient  les valeurs », poursuit  Khassim Diop pour montrer comment une société cotée peut gagner en notoriété et en bonne gouvernance grâce à l’information boursière. Selon lui, l’évolution des cours peut servir de référence à l’appréciation des perspectives  de la société cotée, de la faible ou grande crédibilité de ses organes de gestion, de l’augmentation ou la baisse de ses activités, de la notoriété de l’entreprise dans son secteur et de la valeur du produit sur le marché, de manière orienter le choix de l’investisseur.
La bourse permet surtout le renforcement de l’épargne nationale qui reste encore très faible au Bénin. A travers les placements qu’ils effectuent les particuliers peuvent ainsi contribuer de façon significative au financement de l’économie. Selon le Conseil régional de l’épargne publique et des marchés financiers (CREPMF), la contribution de la BRVM au financement des économies de l’Uemoa est passée de 1% en 2000 à 3% en 2004 et 7% en 2008. Les entreprises béninoises ne doivent plus rester en marge de ce regain d’activités sur le marché financier régional. En cette période de crise économique, le jeu en vaut vraiment la chandelle.

Par Gnona

Publié dans Economie Béninoise | Laisser un commentaire »

Stationnement anarchique des Camions gros porteurs à Cotonou:

Posté par gnona le 01 Tue, 08 Jan 2008 14:37:16 +000016 23, 2007

Aboutissement de mauvaises politiques de transport et d’urbanisme au Bénin. C’est la conclusion à laquelle on parvient lorsqu’on analyse de près l’épineux problème du stationnement anarchique des camions gros porteurs dans la ville de Cotonou.

Les Cotonois commencent à avoir assez des camions gros porteurs dans la capitale économique du Bénin. Sur toutes les grandes artères de la ville, les camions en attente de chargement au port autonome de Cotonou occupent les chaussées, laissant un passage étroit aux automobiles et autres motocyclistes. Pendant les heures de pointe, la circulation devient encore plus éprouvante pour les usagers condamnés à observer le « go slow » dans une atmosphère complètement surchauffée par les fumées que dégagent les gaz d’échappement des milliers de moteurs à deux roues.

La situation est devenue encore plus critique, ces dernières semaines sur le tronçon qui mène à la mosquée centrale de Zongo. Du fait de l’ouverture du port sec de Cotonou, de nombreux camions gros porteurs se sont créés des parkings plein air dans toutes les rues avoisinant la nouvelle zone portuaire, et plus particulièrement dans la voie qui passe devant la banque régionale de Solidarité. Stationnements anarchiques, blocages systématiques des voies, le tout sur fonds de démarrages incontrôlés des conducteurs inexpérimentés, font le lot quotidien des Béninois qui travaillent ou empruntent quotidiennement ces rues devenues de véritables couloirs de la mort. Sur ces tronçons, les risques d’accident sont élevés au rouge. Parlant d’accidents d’ailleurs, l’année 2007 aura été une année record pour les accidents de camions gros porteurs au Bénin et plus particulièrement dans la ville de Cotonou. Il ne se passe pas un mois sans qu’on enregistre un renversement de camions  de marchandises, ou le pire, un conducteur de zémidjan ou un simple motocycliste fauché par les camions gros porteurs.

Pourtant, on ne peut pas dire que les gouvernements successifs ne se sont préoccupés du problème de la circulation des camions gros porteurs dans la ville de Cotonou. En dehors, de la réglementation des horaires de circulation dans la ville, que les conducteurs ne restent d’ailleurs plus, l’Etat a procédé à la construction des parkings gros porteurs afin de libérer les artères principales de la ville de Cotonou. En dehors du parking de Godomey (qui pose aussi problème du fait que la rue pavée bordant le parking est constamment pris en otage par les camions), la délocalisation des parcs de véhicules d’occasion vers Sèkandji et Ekpè ont permis de libérer des espaces pour les camions, notamment dans la bande des 200m et le parking des Cheminots. D’autres points de regroupement ont été créés à hauteur de Glodjigbé. Mais tout cela reste encore insuffisant car le nombre de camions à destination de Cotonou ne cesse d’augmenter du fait de l’accroissement du flux du trafic de marchandises au Port autonome de Cotonou.
 
Mauvaise politique d’urbanisme

L’ampleur du stationnement anarchique des camions gros porteurs dans la ville de Cotonou donne l’impression qu’il s’agit des solutions intermédiaires qui n’annihilent aucunement les problèmes de fonds.

En réalité, les conducteurs de camions gros qui contribuent pour une part importante au fonctionnement de l’économie nationale, ne sont que de simples boucs émissaires de mauvaises politiques d’urbanisme et de transport qui ont été développée jusqu’à présent au Bénin.

Nul n’ignore que la raison de la présence de ces camions dans les rues est le port de Cotonou. 
Aujourd’hui, le port de Cotonou est complètement étouffé par la ville dont le peuplement rapide et l’intensité des activités économiques qu’elle abrite n’ont pas été suivis d’une bonne politique d’urbanisme. Les voies à l’intérieur de la ville sont trop exigus. Certes, il y a eu depuis quelques années, un effort de construction de tronçon sous forme d’autoroute. Mais, les largeurs des voies nouvellement construites ne sont toujours à la dimension de l’enjeu économique de la ville de Cotonou. Pour preuve, lorsque les camions stationnent sur une ligne de nos fameuses autoroutes, la circulation se trouve comprise. La construction des parkings gros porteurs dans les périphéries de la ville, qui constitue une très bonne initiative, ne facilite pas toujours les choses du fait des difficultés liées à la traversée de Cotonou. A toute cela, s’ajoute le transport en commun qui n’est encore une réalité au Bénin. Ce mode de transport devrait réduire sensiblement la circulation des moteurs à deux roues et favoriser par ricochet une fluidité du trafic  dans la capitale économique du Bénin.

Les vrais défis

Une première solution au problème des camions gros-porteurs aurait été le développement d’un trafic ferroviaire qui servirait de liaison entre le port de Cotonou et des parkings gros porteurs construits à des dizaines de kilomètres de Cotonou ou même à Parakou. Cela permettrait alors aux camions qui desservent les pays de l’hinterland de ne plus encombrer la ville. Malheureusement, l’Ocbn (Organisation commune Bénin-Niger pour les chemins de fer) qui se trouve dans un état comateux n’est pas capable de répondre à un tel challenge. De même, un investissement privé dans ce secteur ne serait pas rentable, de l’avis d’un opérateur portuaire, à cause d’un coût élevé de l’investissement dans le chemin de fer et le délai assez long de son amortissement. D’autant que le Bénin avec son marché et son environnement (absence d’infrastructures ferroviaire) n’offre pas de garanties suffisantes à un opérateur privé pour investir dans les chemins de fer.

La solution la plus plausible serait de construire un nouveau port. Ce à quoi réfléchit le pouvoir politique actuel. Mais pour optimiser l’investissement, il est très important de réfléchir au choix du site ainsi que des voies d’accès, dans le sens d’une politique intégrée qui prend en compte toutes les perspectives d’urbanisation de la localité afin que le site ne subisse pas dans les années à venir le sort de Cotonou. En attendant que ces solutions arrivent, les Cotonois continuent de subir la loi des camions gros porteurs qui font planer sur eux, chaque jour encore plus, le spectre d’une sortie sans espoir de retour à la maison.

Gnona

Publié dans Economie Béninoise | Laisser un commentaire »

Que restera-t-il de l’image de la Sonapra?

Posté par gnona le 10 Wed, 24 Oct 2007 09:00:24 +000024 23, 2007

egrenage.gifegrenage.gifegrenage.gif Enocre un nouveau rebondissement et le feuilleton sur la privatisation de l’outil industriel de la Sonapra reprend de plus belle avec une nébuleuse dont on ne maitrise pas encore les tenants et les aboutissants. A la fin, que restera-t-il de l’image de la Sonapra ? 

Jamais un dossier de privatisation n’aura fait couler autant d’encres et de salives au Bénin. Alors qu’on croyait le sort de l’outil industriel de la Sonapra (Société nationale pour la promotion agricole) définitivement  scellé, le gouvernement vient d’abroger le décret portant création de la Sodeco (Société pour le Développement de Coton). Motif : « des irrégularités constatées dans la procédure ayant abouti à la création de ladite société ».

A l’origine de ce volte-face, une intervention télévisée du Président de l’Observatoire pour la lutte contre la corruption doublée d’une critique de la presse quotidienne dénonçant des tractations peu orthodoxes qui auraient prévalu dans l’attribution du capital de la nouvelle société à l’adjudicataire de l’appel à concurrence. Ainsi, le gouvernement vient de donner raison à certains observateurs du dossier pessimistes qui avaient parié que ce processus n’était qu’un épisode du feuilleton sur la privatisation de la Sonapra qui serait très loin de connaître son épilogue.

Depuis le lancement du processus de privatisation en mars 2003 à ce jour, beaucoup de choses se sont passées. Suspensions de dossiers d’appel d’offres, diverses assignations de l’Etat, remontrances des bailleurs de fonds, mouvements des travailleurs de la Sonapra, au point que le dossier de privatisation de cette société d’Etat a fini émousser l’intérêt des repreneurs potentiels. La belle preuve en est le nombre limité d’entreprises qui ont soumissionné au dernier appel à concurrence lancé par le gouvernement.

 

Un dossier qui fatigue 

Les premières personnes à marquer leur désintérêt pour la Sonapra au fil des quiproquos qui ont entaché le processus ont été les investisseurs étrangers.

Depuis la suspension du tout premier appel d’offre pour la sélection des banques d’affaires, le dossier a perdu de son intérêt dans les milieux d’affaires internationaux du coton, surtout que la situation du marché international du coton n’incitait plus tellement  les capitaux étrangers à investir dans un pays comme le Bénin où le coton, en dehors de sa meilleure qualité ne présente pas assez d’avantages comparatifs sur le marché international. Du coup, les étrangers se sont retirés de l’affaire et seuls les nationaux se sont intéressés à la reprise de la Sonapra.

Au regard des difficultés que connaît le processus actuellement en cours, des réelles inquiétudes subsistent quant à l’avenir des usines de la Sonapra. Car d’aucuns redoutent même que le gouvernement aillent au-delà de la Sobeco en remettant en cause les résultats de l’appel d’offres qui a concédé les 52% du capital de la nouvelle société à la Sbp (Société béninoise de participation). Dans ce cas, qui va encore s’intéresser à la Sonapra ? D’autant que l’adjudicataire serait, semble-t-il, un consortium d’égreneurs nationaux et que tous les égreneurs qui à un moment ou un autre se sont impliqués dans la cession de la Sonapra s’en sont sortis déçus.

Si l’on n’y prend pas garde, il y aura un risque de perte totale d’intérêt de l’enjeu par les privés et il restera de la Sonapra l’image d’une société à problèmes. L’ultime solution serait le maintien des usines dans le patrimoine de l’Etat. Ce à quoi n’aspire certainement pas le gouvernement. Autrement, on n’en serait pas à ce nouveau blocage.

Dans un autre registre, le fait que le gouvernement abroge à tout vent des décrets n’est pas un indicateur rassurant pour les investisseurs. Le secteur des Gsm n’en finit pas de livrer ses surprises. Une licence vient d’être retiré et octroyé en même temps à une autre société le temps d’un conseil extraordinaire des ministres.

De même, les nouvelles difficultés qui surgissent dans la privatisation de l’outil industriel de la Sonapra confirment une fois encore la thèse du manque de confiance qu’on a aux investisseurs nationaux. Toutes les fois que ceux-ci ont voulu reprendre une société d’Etat, l’initiative s’est souvent soldée par un fiasco. Le dossier Sonacop en est une parfaite illustration. Actuellement, on parle encore de l’argent de la Sonapra qui aurait servi à acheter la Sonapra. Les hommes d’affaires béninois manquent-ils tous  de crédibilité ou c’est la « béninoiserie » qui empêche les investisseurs nationaux de s’épanouir sans crainte dans leur pays ? Difficile de répondre à la question. Toujours est-il que le Bénin est un pays où tout finit par se voir. Espéront que ceux qui pilotent le dossier de privatisation de la Sonapra nous conduiront à un aboutissement heureux.

Gnona

  

  

 

Publié dans Economie Béninoise | Laisser un commentaire »

Bénin: Les vrais enjeux de la diversification agricole

Posté par gnona le 08 Fri, 03 Aug 2007 10:06:36 +000036 23, 2007

anacarde1.jpganacarde.jpganacarde.jpgLe Président de la République du Bénin, dans son interview télévisée du 1er Août, est encore revenu sur son ambition de diversifier l’agriculture béninoise. Diversification d’accord mais il faudra surtout éviter de confondre vitesse et précipitation afin que les diverses actions à entreprendre n’aboutissent pas, comme par le passé, à un constat d’échec.

Le Bénin sera émergent avec une agriculture diversifiée ou ne le sera pas. Le commandant de bord du navire du Changement l’a si bien compris qu’il fait de la diversification agricole un passage obligé pour atteindre le renouveau économique du Bénin. Le Président de la République a encore réaffirmé mercredi au cours de son interview télévisée du 1er Aout dernier sa détermination à  sortir le Bénin du tout coton.

Contrairement à l’interprétation politique qu’on pourrait en faire, la diversification de l’agriculture béninoise loin d’être une option  constitue un impératif de développement pour sortir le pays de la monoculture viscérale qui ne lui a pas rapporté grand-chose depuis 1960. Et comme on parle encore de l’indépendance, l’histoire retient que la diversification agricole avait déjà préoccupé les chantres d’une fédération de l’Afrique Occidentale française, comme Senghor au Sénégal et Modibo Kéîta au Mali qui depuis la fin des années 1950 avaient estimé que la région serait économique viable et puissante si toutes les colonies se mettaient ensemble pour  sortir du cloisonnement économique dans lequel ils s’empêtraient.  Malheureusement quatre sept ans après, la monoculture dicte toujours sa loi au Bénin, confinant ainsi le pays dans le triste système de ‘’ quand le coton va, tout va’’.

Mais, bien qu’on en soit toujours à l’étape de discours et de déclarations d’intentions, le régime actuel semble résolu à faire disparaître le syndrome de la monoculture. Qu’a cela ne tienne.

Toutefois, à l’étape actuelle du débat sur la diversification, il serait utile de s’interroger sur la vision et les stratégies qui sous-tendent la diversification. Et quand on parle de vision et de stratégies, cela suppose l’élaboration et la mise en œuvre d’une politique cohérente de diversification agricole qui s’inspire des expériences passées en la  matière et propose des innovations par rapport au nouveau contexte économique. Il ne s’agit donc pas d’opérer un saut dans l’inconnu du genre, ‘’ nous sommes en train d’importer de l’engrais du Nigéria pour faire le khénafe, le maïs ….’’.

Diversifier quoi et comment?

Il s’agira plutôt de faire des options de promotion de filière de produits bien ciblés. L’économie béninoise dans son essence est diversifiée d’autant qu’il y a une multitude de spéculations qui sont développées au Bénin en dehors du coton. Mais en terme de valeur ajoutée, ces produits n’apportent sensiblement rien à la croissance économique du pays.

Une récente étude de l’Adex (Association pour le développement des exportations) a démontré qu’en dehors du coton, le commerce de réexportation vers le Nigéria constitue le principal produit d’exportation du Bénin. En 2002, la part des recettes dans les exportations s’élevait à 104 milliards de francs Cfa soit 35% du total des exportations. Ce serait donc hasardeux pour un pays qui se veut émergent de porter ses espoirs sur le commerce de réexportation. Pire, l’étude réalisée par le cabinet AGRER indique que sept produits d’exportation (l’anacarde, l’ananas, le manioc, le karité, les produits de mers, le tourisme et le textile) ne pourront avoir à court terme qu’un impact limité sur la balance commerciale. Mais il est possible de renverser la tendance si l’Etat décide de s’investir dans la promotion de ces différents produits.

Une diversification méthodique et planifiée

Mais l’adage selon lequel ‘’ qui trop m’embrasse mal étreint’’ devra orienter le gouvernement dans sa politique de diversification. Au lieu, diversifier pour diversifier, il serait judicieux de procéder de façon progressive en organisant d’abord des filières porteuses à l’exportation (ananas, noix de cajou, produits de mers), en promouvant des matières premières importantes pour l’industrialisation (manioc, soja) ainsi que des spéculations stratégiques pour la sécurité alimentaire (maïs, riz, etc). Ces filières doivent être bien pensées depuis la production jusqu’à l’exportation pour les unes, à l’industrialisation et  à la consommation pour les autres.

De nombreuses études déjà existantes sur ces produits méritent d’être actualisées et approfondies. Ce qui sous-tend que la diversification agricole est une affaire de longue haleine qui mérite d’être abordée avec une bonne méthodologie et une planification efficiente. Autrement, on aura investi dans la diversification sans obtenir les résultats escomptés. L’échec du projet manioc, un exemple de diversification agricole en est une illustration.  Tous les gouvernements successifs depuis 1960 avaient la même ambition de faire de la diversification agricole. Mais tous ont échoué faute de méthode.
Gnona

Publié dans Economie Béninoise | Laisser un commentaire »

Bénin: Des raisons d’espérer

Posté par gnona le 07 Tue, 31 Jul 2007 12:25:46 +000046 23, 2007

 A cette veille de la fête de l’Indépendance, le gouvernement du Président Boni Yayi peut se prévaloir d’un bilan économique plus ou satisfaisant au regard des derniers indicateurs économiques qui donnent des raisons d’espérer.

Sans nul doute, le Bénin d’aujourd’hui semble économiquement plus viable et mieux gérer qu’il y a encore trois années. Les récentes données publiées par la Bceao (Banque centrale des Etats de l’Afrique de l’Ouest sur les perspectives économique au sein de l’Uemoa (Union économique et monétaire de l’Afrique de l’Ouest) a montré que, lentement mais sûrement  le Bénin remonte la pente des contre-performances économiques de la fin du régime Kérékou et comme aime le dire, le ministre Pascal Koupaki, comble les trous et s’emploie à redécoller.

Même s’il serait très tôt et prétentieux de parler de relance économique, le nouveau souffle dont se tape l’économie béninoise est à l’actif du gouvernement du Président Boni Yayi, qui dès sa mise en place a tenté de remettre à l’endroit et de consolider le cadre macro-économique du pays dont l’équilibre se trouvait sérieusement écorné. Rappelons au passage que, de  6,2% de croissance au moment où, Abdoulaye Bio Tchané quittait le ministère des finances en 2000 pour son poste de Directeur Afrique du Fonds monétaire International (FMI), Cosme Sehlin a laissé son portefeuille à son successeur Pascal Irénée Koupaki sur une croissance de 2,9% avec, semble-t-il, 200 millions dans les comptes de la Bceao. Une croissance qui, excepté la parenthèse du début de l’ère du Renouveau démocratique, est à retrouver dans les périodes de marasme économique des années 1980. Aujourd’hui, de sources proches des milieux financiers ouest-africains, le compte du Bénin à la banque centrale serait crédité d’environ 183 milliards de francs Cfa.

Les causes de la relance

Le premier défi auquel s’est attaché le gouvernement actuel a été la relance du coton béninois dont la campagne de production 2005-2006 a connu un repli exceptionnel de 190.000 tonnes. On se rappelle encore du préfinancement des 14 milliards de francs Cfa de dettes aux producteurs,  des premières images du Chef de l’Etat béninois dans les champs du coton et son ambition de réaliser une production record de 500.000 tonnes pendant la campagne 2006-2007. Néanmoins, cette campagne s’est soldée par une production de 250 000, loin des 350 000 tonnes de prévisions et des ambitions du Président de la République. Mais cette hausse relative de la production par rapport à la campagne précédente a eu un effet bénéfique sur la croissance portée en décembre 2006 à 3,6%. Ces efforts de croissance se sont émoussés par la crise énergétique et la flambée du prix du pétrole qui ont induit un impact négatif sur la production industrielle.

Mais l’élément fondamental de ce début de relance reste l’assainissement des finances publiques conduit avec brio par l’actuel ministre d’Etat, Pascal Irénée Koupaki. En vue de réduire les déséquilibres des finances publiques, le Gouvernement a mis en oeuvre une série de mesures qui ont porté notamment sur la conduite d’audits des structures étatiques, le renforcement des régies financières, la mise en place d’un Comité de trésorerie et la centralisation des ressources de l’Etat auprès de la Bceao. Aujourd’hui, l’usage abusif des ordres de paiement relève du passé et l’Etat béninois dispose désormais d’un référentiel de prix pour l’achat des équipements et fournitures de bureau de l’administration.

Ces actions ont, par ailleurs, contribué à instaurer un cadre propice à une meilleure gestion de la dette publique afin de préserver les acquis résultant des allégements de dettes obtenus dans le cadre de l’annulation de la dette extérieure du Bénin. Du fait de ces annulations, d’un montant total de 570,3 milliards, l’encours de la dette extérieure rapporté au PIB s’établirait à 13,7% en 2006 contre 40,0% en 2005.

Afin de consolider les acquis de 2006, le gouvernement a démarré l’année en cours sur des objectifs de poursuite de l’assainissement des finances publiques, de l’augmentation de la production cotonnière. La prévision de croissance, annoncée début janvier pour 4,1%, a été reportée fin mai à 5% par la Bceao. La banque centrale table surtout sur une bonne campagne cotonnière, l’amélioration de la compétitivité du port autonome de Cotonou et la lutte contre la corruption. Les performances économiques dépendront également des progrès dans la diversification de la production et des exportations du pays et de l’impact positif du processus de libéralisation des activités de manutention et de l’assouplissement des restrictions commerciales imposées par le Nigeria.

Les obstacles aux prévisions de croissance
 
Malheureusement, ces perspectives encourageantes de la Bceao se heurtent à la poursuite de la crise énergétique qui, selon la Bceao, aurait déjà entraîné une chute de 25% de la production industrielle. De plus, la crise qui secoue actuellement le secteur des GSM au Bénin va forcément tirer la croissance vers le bas. La mise sous tension des équipements de Moov et Mtn dont l’impact économique reste à évaluer, laissent présager des effets négatifs sur la croissance, du fait d’importantes ressources perdues par l’Etat, des milliers d’emplois perdus ainsi que les perturbations de réseaux aux abonnés téléphoniques en général et aux opérateurs économiques en particulier. De la même manière, cette crise constitue un frein pour l’investissement direct étranger du fait qu’elle suscite beaucoup d’interrogations sur l’environnement des affaires au Bénin.

Mais visiblement, les indicateurs actuels montrent que le gouvernement tient le bon bout de la clef de la relance économique du pays. Il  y a donc des raisons d’espérer, à condition que les efforts déployés çà et là s’opèrent de façon cohérente afin que l’opinion n’ait pas l’impression que le gouvernement navigue à vue.

Gnona

Publié dans Economie Béninoise | Laisser un commentaire »